The Embodied Inbetween

« The Embodied in between » est le résultat direct des préoccupations permanentes de kom.post (échange des savoirs, interdisciplinarité, in situ radical…) mais plus précisément de ces 2 pratiques parallèles que sont speech et la fabrique du commun. Chacune nous a confirmé à sa manière dans cette conviction que l’art est avant tout un possible unique de dialogue au présent que chacun des locuteurs/écouteurs/observateurs fait et que tous fondent et permettent bien que différemment. De la pratique à la théorie ET de la théorie à la pratique : kom.post, riche de ce nouveau savoir pose donc la question : comment permettre à cette variété d’approches qui fait toute la richesse du moment artistique, d’exister réellement dans un tel équilibre, une telle collaboration sans demander obligatoirement au spectateur de se faire artiste ou à l’artiste d’annuler sa force de proposition pour « se mettre à niveau » ?


Les nouveaux dispositifs participatifs tout comme une grande partie de l’art relationnel tendent à gommer les frontières et les bornes usuelles de l’art en créant des systèmes de places interchangeables où les différences et spécificités sont considérées comme « à dépasser ». Mais le peuvent-elles vraiment ? Le peuvent-elles au-delà du temps court et éphémère de l’expérience artistique ? Et quelle est la valeur de celle-ci si, non seulement, elle s’entretient d’une illusion mais, en plus, ne tient pas compte de ce qui fait peut-être depuis toujours son intérêt et son attrait : cette occasion unique de rencontrer l’Autre, et d’être convoqué par lui en tant qu’autre ?

Le parlant a besoin de l’écoutant et inversement, malgré toute la distance d’une entente à construire. Et ce chemin, ce parcours du simple vers le mixe, cette « fabrique du commun » que constitue en soi l’expérience artistique ne sont-ce pas aussi les premières caractéristiques de tout contrat social? Comment une démarche qui se veut résolument ancrée dans son temps et qui créé ses dispositifs artistiques ou réflexifs comme des réponses aux questions que lui pose son être là et donc son être là ensemble, pourrait- elle ne pas noter cela et ne pas prendre cette zone où art et politique se rejoignent comme terrain privilégié de son action ?

« The embodied in between » est le signe parlant de ce refus, comme le manifeste kom.post d’une nouvelle façon de penser cette zone de la rencontre. Non sous le signe du lisse, de l’homogène et de l’interchangeable mais bien sous celui de la variété, du conflit positif et de l’échange des savoirs et des différences. Plutôt que de faire passer le spectateur au plateau, on cherche ici à repenser le plateau du spectateur : l’endroit où il entretient son activité d’assistant engagé, ses propres coulisses où il prépare sa réception de l’œuvre, depuis le moment où il en trouve l’information jusqu’à la rencontre réelle dans l’espace du théâtre, en passant par le chemin physique qu’il fait pour s’y rendre et le moment précis de son entrée dans le lieu artistique. Les artistes répètent, préparent ce moment auquel ils invitent le public et celui-ci fait de même dans sa spécificité d’hôte et de regard à porter. Des 2 côtés il y a processus et pas seulement production, des 2 côtés il y a temporalités, intensité et profondeur et pas seulement instantané de l’éphémère et pure jouissance du visible immédiat. Et c’est l’épaisseur de ces « autours » de l’expérience artistique, de ces pourtours subjectifs comme concrets, qui fait aussi la réalité de la rencontre et du partage sensible. Elle fait la matière de cet « entre » si précieux et donc si nécessaire à aménager avec le même soin que l’on donne à la création ou, en amont, à la communication…Elle est un entre à incarner : « the embodied in between » qui peut rendre à nos besoins d’art insatiables, non pas une simple satisfaction mais une réelle légitimation pour chacun comme pour tous.

Provenant d’une réelle attention donnée à l’espace du spectateur, « the embodied in between » la prolonge directement en imaginant des dispositifs pour UN spectateur qui soulignent et lui rendent pleinement préhensible, sensiblement et conceptuellement, ce qui constitue sa propre pratique de réception. Ils essaient donc toujours d’incarner le chemin et le processus que le spectateur est en mesure de faire avant et pendant la création, de façon générale et extrêmement locale selon l’équilibre habituel des créations kom.post. Le trajet permanent du spectateur (qui démarre lorsqu’il reçoit une information concernant telle ou telle création qui le rend curieux, se poursuit dans les associations personnelles, les attentes, projections micro fictions…) s’accompagne aussi de la traversée particulière de tel ou tel espace, dans telle ou telle ville, à telle ou telle date… pour rejoindre ce rendez-vous précis donné par cette performance ou conférence bien particulière: un ensemble de données très concrètes qui font que chaque expérience est différente. Et puisque ce nouveau projet peut s’entendre comme une « éloge collective de la spécificité », les formes qu’il dessine entendent toujours faire place à la prise subjective que chaque spectateur fera de ce point de médiaction/participaction que kom.post lui propose.